Kenya - 27/01/2008

Kenya

Je ne cache pas ma petite appréhension à l'approche de la frontière (après avoir vu quelques images de la crise dans le pays à la télévision tanzanienne). Mais je me dis que si je ne me mêle pas de leurs problèmes, les Kenyans respecteront mon projet de traverser l'Afrique à pied. C'est ce qui s'est passé. Je poursuis mes rencontres avec les Maassaïs de l'autre côté de la frontière. Ces derniers parlent anglais; je passe deux jours à Nairobie pour obtenir le visa pour l'Ethiopie et je rencontre les membres d'une association des gens infectés par le virus du sida au Kenya TAPWAK  www.tapwak.org. Il y a des soldats au bord des routes, je ne m'attarde pas. Les kenyans me souhaitent la bienvenue mais je sens beaucoup de tristesse sur les visages, ils sont marqués par ce que le pays est en train de vivre. Pour résumer : le président sortant aurait faussé les élections pour rester au pouvoir, les partisans de l'opposition sont sortis dans la rue. La police est intervenue en tuant des manifestants. Désormais, les ethnies des deux candidats s'opposent. Je me fais couper les cheveux à Nairobie :  j’assiste à une conversation entre le coiffeur et un client :


- Voilà 3 semaines que cela dure; les gens s'entretuent pendant que le président et son opposant boivent des bières dans leurs palaces ! Il faut reprendre la vie normale.

- Et pendant 5 ans, nous allons supporter un voleur au pouvoir ?

- C’est la même chose qu’aux  Etats unis : Bush a volé des voix lors des élections

- Il faut réorganiser les élections sinon les gens vont s'affronter…

- Nous sommes 42 ethnies, qui va s'affronter ?

- Beaucoup d'Africains se font manipuler par les discours des politiciens...

- C'est le peuple qui subit les conséquences de la vanité et de l'égoïsme des politiciens.

 

Dans le Nord du pays, je me rends dans quelques écoles (classe de CP de 88 élèves, c'est normal)

Je vis un des plus beaux moments du voyage : Au bord d'une piste, je fais une pause à l'ombre d'un buisson (i

n'y a pas d'arbre dans le désert), un guerrier de la tribu Samburu vient s'asseoir à côté de moi ; il veut

communiquer. Je sors ma flûte, il veut essayer d'en jouer. Il s'applique tellement que je décide de lui en offrir une

(j'en avais deux), la leçon de musique dure 40 minutes, lorsque je reprends ma marche, il sait jouer le corsaire de

St Malo et un de ses chants traditionnels à la flûte, il m'a appris un chant samburu. Ses cheveux teintés de rouge,

ses oreilles décorées, son épée à la taille resteront gravées à jamais dans mon coeur...500 kilomètres de piste

me séparent de la frontière éthiopienne. 3 ou 4 véhicules y passent chaque jour. La marche est difficile mais de

temps en temps, la rencontre avec un berger qui m'offre de lait de dromadaire  me redonne des forces et

m'encourage à poursuivre... Heureux d'arriver à la frontière, je poursuis sur la route (goudronnée) de l'Ethiopie !

(une nouvelle langue à apprendre)

A plus. (désolé de ne pas répondre aux mails mais merci, les connexions internet sont très lentes par ici)

Samouelou (comme on m'appelle au Kenya)