Québec - 7-9/11/2003

Montréal-Québec

 

La route :

 

 

 

A partir du North Dakota, j'ai décidé de prendre la direction du Canada. Malgré une première tempête de neige, j'ai réussi à rejoindre Saakatoon dans le Saskatchewan. La raison qui m'a poussé à faire ce bout de chemin vers le nord ouest est l'existence d'une adresse sur mon carnet (une amie canadienne rencontrée à Valenciennes). Elle n'était pas là, mais ses parents m'ont accueilli et après avoir passé une journée dans les cours de français du Lycée et la soirée d'Halloween avec eux, j'ai repris la route de l'est. Les attentes dans le froid étaient terribles et me rappelaient les souvenirs de l'hiver dernier. Je suis passé par Regina, Winnipeg (dans le Manitoba), puis Dryden, Thunderbay, j'ai longe une partie du lac supérieur, puis Longlac, Hearst dans l'Ontario avant d'arriver au Québec à Montréal. J'y ai retrouvé une amie de collège de Plœuc sur Lié Marianne Reux qui vit ici et c'est de chez elle que je vous écris.

Le Pays:

Le Canada est 18 fois plus grand que la France. En raison du climat (très rude), seulement 31 millions d`habitants y vivent (surtout dans le sud, pres de la frontière des Etats-Unis). 1/4 de la population parle français (située surtout au Québec) et dans des enclaves francophone (surtout en Ontario). Le reste est anglophone. Vous aurez plus d’informations sur le site www.canada.gc.ca (cliquer sur "au sujet du Canada")

Des régions que j'ai traversées, l'agriculture, les matières premières (pétrole, minéraux) et l'exploitation forestière sont les principales activités. Le commerce se fait essentiellement avec les voisins des Etats Unis (dont le Canada dépend économiquement).

Les sports pratiqués par les élèves sont le hockey, le football américain, le Base-ball, le volley-ball... Le soccer (football chez nous) commence à se populariser mais il reste surtout pratiqué par les filles. Les élèves ne savent pas qui est Zidane. Les élèves rient quand ils apprennent que la température en hiver en France est d'environ +5 degrés et que nous n'avons pas de neige pour Noël. " Mais, +5 degrés, ce n'est pas l'hiver!!!" Chez eux la température est en dessous de zéro pendant 7 mois (de novembre à mai). -30 est assez habituel et il fait parfois -45. Mais ce froid est sec ( voir mes explications du message de Finlande de l'an dernier). J'ai été très chaleureusement accueilli par les canadiens. Beaucoup d'entre eux me félicitent de mon voyage et surtout d'avoir décidé de réaliser ce rêve au lieu d'en parler...

Vendredi 7 novembre: Un an de voyage, et c'est passé si vite!!!!

Symboliquement, j'ai tenu à passer la journée du 7 novembre 2003 dans une école. Cela faisait un an que j'avais quitté Plœuc sur lie, un an que mon père m'avait déposé sur le bord de la route à Lamballe. Depuis le novembre 2002, j'ai rendu visite et réalisé des activités dans plus de 100 établissements d'enfants...  Un an de voyage permis les habitants du monde, j'ai du mal à réaliser que je l'ai fait... J'en avait tant rêvé... Et aujourd'hui, je continue à le vivre... Le 7 novembre, j'étais à Hearst, dans une ville francophone à 95% (mais en Ontario). Apres avoir partagé mon voyage et réalisé une nouvel échange culturel avec les élèves de 3 classes du lycée. Jonathan, un jeune enseignant m'a invité à prendre le bus des Hockeyeurs de l'école qui voyageait dans ma direction (vers le Québec). Apres un trajet de 450 km avec eux, j'ai finalement assiste au match de Hockey et apprécié leur hospitalité avant de poursuivre ma route le lendemain matin.

Echanges:

Au Canada, j'ai tenu à rendre visite à des écoles de différentes régions afin voir les différences et de me rendre compte de l'importance de la langue française dans ce pays. A Saskatoon comme à Dryden (ouest de l'Ontario), certains élèves apprennent le français, mais ne le pratiquent pas dans leur ville. A Longlac (est de l'Ontario), 50% de la population parle anglais, l'autre moitie parle français, les élèves parlent souvent un mélange (mixt) de deux langues amusant à écouter. Maîtriser les deux langues est nécessaire pour vivre dans cette ville. A Hearst, 95% de la population parle français, mais ces 6000 habitants sont entourés de villages anglophones. Les amérindiens (appelés first nation) parlent tous anglais ( ils ont été assimilés) et leur cultures est devenue plutôt une attraction touristique. Mais le style de vie canadien ainsi que l'alimentation ne convient pas à ces populations. Il semblent perdus, inadaptés à la société moderne. Je remarque comme aux Etats Unis que je pose un problème aux élèves en leurs demandant de me chanter une chanson traditionnelle, de me montrer une danse ou de me raconter une légende. Dans ces pays neufs, les gens sont issus d'un brassage des populations d'immigrés européens. Il n'ont pas de culture propre.

les élèves de l'école française de Shanghai en Chine rencontrent un voyageur:

Interview de Samuel à l’école française de Shanghai, classe de CM1, le 10 octobre 2003

Les CM1   : Pourquoi fais-tu ce voyage ?

Samuel : J’ai entrepris ce voyage pour découvrir des pays, connaître et rencontrer des gens.

Les CM1   : Quelles langues sais-tu parler ?

Samuel : Je sais parler le français , l’anglais ,l’espagnol et l’allemand.

Les CM1   : D‘où es-tu parti et depuis combien de temps voyages-tu?

Samuel : Je suis parti de St Brieuc en Bretagne le 7 novembre 2002. Ca fait 11 mois que je voyage.

Les CM1   : Où t’arrêtes–tu quand tu  arrives dans un pays ?

Samuel : Je me suis arrêté dans une ou deux écoles de chacun  des  pays.

Des 50 écoles que j’ai visitées je n’ai vu que 2 écoles  françaises celle d’Istanbul  en Turquie et celle de Shanghai.

Les CM1   : Quels pays as-tu traversés ?

Samuel : J’ai traversé la France , la Suisse, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran, le Pakistan et la Chine.

Les CM1   : Où dors –tu ?

Samuel : Je ne dors pas dans les hôtels mais chez l’habitant ou à la belle étoile.

Les CM1   : Où manges-tu ?

Samuel : Je ne mange pas dans les restaurants mais chez les gens qui m’invitent ou alors j’achète des fruits, du pain et du lait.

Les CM1   : As-tu attrapé une maladie quelque part ?

Samuel : Oui, j’ai attrapé une dysenterie au Pakistan.

Clémence et Noëlia, pour la classe du CM1

Réponses à quelques questions des élèves français posées par Internet :

Bonjour Samuel,
Nous sommes les élèves de 6° du collège St Pierre de Plœuc.
Nous ne te connaissons pas très bien mais nous savons ce que tu vis actuellement. Nous t'admirons beaucoup car, seul, tu as fait beaucoup de kilomètres. Nous espérons que tu as de bonnes chaussures qui ne sont pas trouées!
Tu as de la chance de visiter tous ces pays! Ton voyage nous fascine tous car malgré ta fatigue tu continues encore!

Pour te connaître un peu mieux, nous voudrions te poser quelques questions:
-Est-ce que ta famille te manque?
-Qu'est-ce qui t'a poussé à faire ce voyage?
-As-tu parfois des regrets?
-As-tu vu beaucoup d'animaux?
-As-tu traversé des pays en guerre?
-As-tu rencontré des situations difficiles?

Merci d'avance de nous repondre. Il ne faut pas que tu te décourages car tu es en train d'atteindre ton but!

Bonne chance et à bientôt.

Les élèves de 6°.

Réponses:

-Bien sur ma famille me manque ( un an sans avoir serré dans mes bras les personnes que j'aime tant), mais pour réaliser ses rêves, il faut aussi savoir faire des sacrifices. Si je semble aussi fort, c'est sans doute parce que je sais que l'énergie des personnes que j'aime m'accompagne, me soutient chaque jour. Alors, finalement dans ce voyage, je ne me suis jamais senti triste ou nostalgique.

- Beaucoup de raisons m'ont décidé à partir. Le besoin d'expérimenter une grande aventure humaine, l'envie de savoir comment les gens vivent ailleurs et de partager leurs conditions de vie. Vivre mon rêve pour ne pas avoir de regret. Savoir si les gens de différentes cultures sont réceptifs à ce que je peux leurs offrir (musique, contes, jonglage, danse)... Comprendre un peu mieux le monde (les avantages et les inconvénients de vivre dans les autres pays)...

- Je suis satisfait de tout ce que j'ai fait durant mon voyage, les moments difficiles comme les moment plus faciles. Je les ai tous apprécié car ils sont uniques.

Je regrette parfois de ne pas pouvoir faire partager ce que je vis avec les gens qui ne voyagent pas... Je sais que j'apprend beaucoup de choses mais qu'il me sera difficile de les transmettre. Si je peux transmettre le goût de la découverte, de la rencontre, ce sera déjà bien...

- Pour les animaux, le fait de voyager proche de la nature ( au bord des routes) m'a permis de voir certains animaux dans les différents pays. Je vous laisse relire les anecdotes du voyage ou j'en parle.

- Je n'ai pas traversé de pays en guerre, mon but était de partager le quotidien paisible des gens, la réalité d'une journée de classe dans les petites villes ou les villages. De voir la vie d'une famille et d'essayer d'apporter un peu de joie le temps d'une rencontre inhabituelle avec un voyageur. Les guerres sont déclenchées par les gens qui dirigent les pays et qui ne pensent pas aux autres, ces gens la ne m'intéressent pas. Je n'avais rien à faire dans un pays en guerre.

-Je ne me suis jamais senti en danger dans ce voyage. Les seules situations difficiles (car elles mettaient en doute la suite du voyage) ont été liées à mes ennuis de santé (dysenterie et périostite) mais les médecins (du Pakistan et de Chine) m'ont permis de guérir et continuer mon voyage. Et j'ai passé des moments et eu des discussion très intéressants avec ces medecins.

PS, j'en suis à ma 5eme paire de chaussures...

Elèves de primaire de Plémy :

Merci pour ta carte. Nous espérons que tu vas bien. Es-tu toujours aussi heureux de voyager ? As-tu eu des rencontres fabuleuses ou imprévues ?

Vas-tu encore dans les écoles ?

Nous t'attendons pour nous apprendre une chanson d'un autre pays.

Bonne suite de voyage.

A Bientôt.

Réponses:

-Bien sur; je suis très heureux de continuer à voyager. si je ne l'étais pas, je serai déjà de retour en France. Dans ce voyage, j'ai la liberté de m'arrêter si je veux. Je le ferai quand j'aurai le sentiment d'avoir vécu mon rêve...

-Je dois dire que ce voyage et son itinéraire est la combinaison d'un ensemble de rencontres fabuleuses et imprévues. Mais cela avait commence bien avant le départ du 7 novembre. Tant de choses apprises avant mon départ m'ont servies dans ce voyage. Tiens, par exemple, si Bertrand ne m'avait pas proposé de créer ce site, les aventures et l'itinéraire auraient sans doute été bien différents. Mais la vie est ainsi faite de coïncidences, de rencontres, d'idées à développer.

Je continue encore à aller dans les écoles (c'est le cœur de ce voyage). Et des chansons à vous apprendre des pays étrangers, j'en ramènerai plein (au moins une par pays...).

Petite réflexion:

Décidément, je me rends vraiment compte des avantages que l'on a sur les autres peuples à être né Français . On n'a rien fait pour le mériter, mais on a un avantage sur les autres hommes de la terre: "merci papa et maman d'être des français". Même ici au Canada, les gens ne me croient pas quand je leur dit que l'université est gratuite et que l'on ne paie pas les médicaments... Comment se fait il que les gens qui possèdent le moins sont ceux qui se plaignent le moins ...

Anecdotes:

- Aux USA, les gens pensent que l'auto-stoppeur est une personne à la rue... Au Nord Dakota, Une femme me tend quelques dollars en s'excusant de ne pas aller dans ma direction. "Non merci madame, j'ai assez d'argent, même si cela parait absurde, j'ai choisi d'être là, au bord de la route, frigorifié dans la tempête de neige... Et j'apprécie ce moment..." Oleeeee...

-Aux USA, pour sourire, avec les élèves nous ne disons pas "cheeeeeese" mais je leur apprend à dire: "french fries".

-Avant de traverser la frontière canadienne, un retraite insiste pour que je passe dans l'école de son village. Vivant très isolés des grandes villes, les élèves suivent certains cours (et posent les questions) à la télévision (grâce à une web cam). La professeur d'espagnol se trouve à 500km de ses élèves. Le directeur, fier de cette technologie ne juge pas intéressant de faire rencontrer à ses élèves (qui n'ont jamais voyage) "un vrai" étranger. Je trouve cela très triste injuste pour eux ...

-Le 30 octobre, à Saskatoon j'apprend à creuser la citrouille pour la venue des petits monstres d'Halloween. Et le 31 octobre, les élèves sont déguisés à l'école, et, le soir, c'est le défilé devant la porte, les enfants viennent remplir leurs sacs de friandises. Mais les parents à une dizaine de mètres surveillent que tout se passe bien pour leur enfant.

-Au milieu du Canada, un habitant accepte que je dorme dans sa caravane, il fait -15 ce soir la, mais, pas de soucis, grâce à la couverture de survie en aluminium (cadeau-conseil du ex-docteur Castillon de Plœuc) je dormirai bien au chaud. C'est seulement la deuxième fois que j'en ai besoin ( en Russie, je l'avais utilise l'hiver dernier par -25, j'avais bien dormi aussi)

-Par -15 degrés, mieux ne vaut pas se raser, mais quand on veut être présentable pour les écoles, il faut savoir souffrir dans le froid...

-Au bout d'un an, les ballons de baudruche "crédit mutuel de Bretagne" continuent à se transformer en balles de jonglage pour le bonheur des petits et des grands. Au départ, j'en avais plus de 1000 et ceux qui me restent ont fait un long voyage dans le fond de mon sac à dos.

-Dans l'école de Dryden (Ontario), Une élève de 11 ans me demande " En chine, est-il vrai que les enfants ont beaucoup-beaucoup de cadeaux???. Je reste surpris de cette question. Ben oui, tous ses cadeaux sont "made in China" alors elle en a logiquement déduit que la Chine est le pays des cadeaux...

-Parfois, les gens m'accueillent avec une telle gentillesse que mon départ est une sorte de petit déchirement... Je sais, je l'avais déjà écrit mais ça continue...

-Entre Lundi matin 3/11 et samedi soir 8/11, je suis passe de Kenora à l'Ouest de l'Ontario à Montréal au Québec ( plus de 2000 km sur des routes difficiles à cause de la neige) tout en réussissant à passer 4 journées dans 4 écoles de 3 villes différentes. Ma fois, c'est une bonne petite semaine...

- En arrivant à Montréal, pour une fois, je savais ou j'allais passer la nuit (Marianne et Alexandre m'attendaient), pourtant je rencontre quand même des gens dans le métro qui m'invitent à dormir chez eux, merci quand même mais (pour une fois), je suis attendu...

Bon, je crois que ça suffit pour aujourd'hui, il est temps de se reposer. En plus ce soir, j'ai un bon lit bien douillet.

Amitiés.

Samuel.