Ukraine - 1er/03/2003

Le voyage m’a conduit en Ukraine

La route:


Pendant que je faisait quelques démarches pour obtenir un visa pour le Kazakhstan à Moscou, de nombreuses rencontres et coïncidences m’ont laissé penser que je devais plutôt prendre le chemin de l’Ukraine. Alors je me suis laisse porter par ce voyage qui m’a conduit jusqu'à la mer noire et Odessa. Depuis Moscou, je suis passe par Kiev, Nikolai, Odessa (ou j’ai passé une semaine) et je vous écris de Ismail, sur les rives du Danube (en Ukraine mais près des frontières de la Moldavie et de la Roumanie). Je passe quelque jours dans cette ville où j’interviens dans les cours de français à l’université.


Le pays :


48 millions d’habitants dans ce grand pays.

L’ukrainien (qui est une langue slave) est la langue officielle mais dans de nombreuses villes (surtout du sud du pays) les gens parlent russe (autre langue slave).

Les cultures en Ukraine sont très variées en raison de l’histoire. Pour l’instant, je ne connais que la culture du sud du pays et il y a de nombreuses minorités (Gagaouze (turques), moldaves, tziganes, bulgares, russes). Dans les villages, en fonction des nationalités présentes, les gens parlent différentes langues.

A Ismail, depuis les rives du Danube, je peux voir les maisons de Roumanie.

En Ukraine, le travail de professeur est respecté mais ne permet pas d’élever une famille. Un professeur d’université gagne 50 euros par mois (75 euros si elle a écrit une thèse). Les enseignants sont souvent des femmes dont les maris travaillent dans le commerce. Dans d’autres familles, on vit au jour le jour, en fonction des possibilités de gagner un peu d’argent pour se nourrir.


Ici (comme en Russie), les jeune femmes (étudiantes) s’habillent « très classe » (talons, jupes, maquillage, etc…), dans la culture de ce pays, il est normal pour elles de chercher à séduire un homme qui deviendra le futur mari et qui leur apportera une sécurité financière permettant de fonder une famille.

Je remarque que les Ukrainiens comme les russes connaissent très bien l’histoire et la culture de la France. Ils ont une conception de la France idéalisée par la télévision. Pour eux, la France, c’est la mode, la haute couture, les Champs-Élysées, la culture, la richesse, bref, le paradis !!!! Pour de nombreux étudiants, c’est le pays des rêves. Tout en respectant ce rêve, j’essaie de leur expliquer que ce que leur montre la télévision n’est pas la «vraie» réalité, en France aussi il existe des gens malheureux, des problèmes sociaux ( on brûle même parfois des voitures !!). Ils ne semblent pas me croire, j’espère qu’un jour, ils se feront une idée de notre pays de leurs propres yeux.

Une réflexion me laisse sans réponse, à la question, qu’est ce que vous savez-vous de mon pays ?, une étudiante me répond : « c’est toujours les gens de votre pays qui visitez notre pays et jamais l’inverse…»

Echanges :


J’ai passe une semaine très spéciale au centre de rééducation motrice des enfants handicapés d’Odessa. Ce centre accueille des enfants et adolescents de plusieurs pays qui n’ont pas une motricité normale.

Je crois que c’est dans cet endroit que les danses bretonnes ont engendré le plus grand nombre de sourires. Nous avons danse 2 heures, et grâce à des copies de ma cassette, Pevar den et Carré Manchot continueront à faire danser à Odessa (comme dans de nombreux autres endroits !!!). A travers le rêve, les histoires, les spectacles auxquels ils prennent part, les enfants oublient leur handicaps.

A l’université d’Odessa, je rencontre Valentina, une enseignante de français qui m’invite dans ses cours à Ismail, une petite ville sur les rives du Danube. Cette ville se trouve à 250km d’Odessa dans la direction opposée à celle que j’avais prévu de prendre mais elle est tellement insistante ( et j’ai du temps) alors, j’accepte son invitation.

A Ismail (ville de 86 000 habitants), les étudiants et les professeurs sont très surpris, un peu intimides mais très enthousiastes de ma venue et me réservent un accueil très chaleureux. Beaucoup d’entre eux veulent passer du temps avec moi. Pour la plupart d’entre eux ( et certains professeurs), je suis le premier  « vrai français » qu’ils rencontrent. Je n’aime pas ces situations dans lesquelles ma nationalité me « sert », car je deviens une sorte de hero-attraction. Je suis convaincu que si j’étais Russe ou Polonais ou (désormais, mais pour des raisons différentes) américain…., et je faisais le même voyage, je ne serai pas accueilli avec tant de générosité. J’explique au gens que dans mon esprit, je suis un homme à la rencontre des autres hommes et que la nationalité importe peu, c’est histoire personnelle de chacun qui est intéressante.


L’actualité :


Depuis quelques jours, le conflit en Irak fait parfois parti des sujets de conversation. Les gens sont très préoccupés par cette guerre. Comme eux, je trouve absurde qu’un pays ait le droit de déclarer la guerre à un autre parce que son économie a besoin de cette guerre.

Dans plusieurs pays traverses, les gens m’ont parlé des guerres qu’ils ont vécu (Croatie, Russie…), tous aspirent à la paix et ils sont solidaires du peuple Irakien.

Je pense que cela ferait du bien à George Bush s’il m’accompagnait quelques jours dans ce voyage en auto-stop !! Ainsi il comprendrait peut-être que si on les respecte et on reste humble face à eux, tous les hommes nous respectent et nous apprécient. L’ambition tue le bonheur des gens.

Les gens que je trouve les plus épanouis sont ceux qui savent se satisfaire de ce qu’ils ont, qui consacrent du temps à des relations sociales simples et saines.

Le mieux ne serait-t-il pas l’ennemi du bien ?


Anecdotes :


-A Moscou, au consulat Ukrainien, Marina et Natalia apprécient mon projet et m’aide à obtenir mon visa rapidement (sans avoir à dépenser une somme trop importante) pour les remercier je leur propose de me donner l’adresse d’une école qu’elles voudraient que je visite. C’est ainsi que je suis venu à Odessa au centre de réhabilitation des enfants handicapes(moteur).

-A Mikoulai (à 150 km d’Odessa), un dimanche matin au réveil (à 7 heures du matin), nous dansons les danses bretonnes et Ukrainiennes, moment fantastique…

-Dimanche (23/03), il neigeait à Odessa.

-Mardi, 25/03, en marchant sur la route qui longe la frontière de la Moldavie pour me rendre à Ismail, j’avais un pincement au cœur en voyant et touchant pour une dernière fois (avant longtemps) cette neige qui disparaît et qui a fait partie de mon environnement pendant ces 4 derniers mois.

-Sans parler la même langue, avec l’animateur (clown) du centre de rééducation d’Odessa nous improvisons un spectacle pour les enfants. Très beau moment.

-A Ismail, en préparation d’un spectacle qui aura lieu a la fin du mois d’avril, les étudiants Ukrainiens apprennent à danser l’andro (danse bretonne) et à chanter «L’arrivée du mois de mai», je me croyais de retour en Bretagne à l’Hermitage-Lorge (village où à lieu chaque année cette fête traditionnelle)

-Mon budget pour vivre par jour est à peine équivalent à la somme que dépense une personne française fumant 2 paquets de cigarettes par jour (4-6 euros). Pain, beurre, fromage, fruits, spaghettis sont la base de mon alimentation, les spécialités locales que me font découvrir  les personnes rencontrées permettent au troubadour de ne pas perdre de poids.

-A Odessa, je vis quelques jours dans la famille de Perle (11 ans), qui parle couramment anglais, allemand et russe et qui trouve qu’il est grand temps pour elle d’apprendre le français !

A+

Smiel ou plus officiellement en Ukraine Simion Lukitch Allov (Samuel Louis Allo)